Homélie du jour des défunts
02/11/2009
La mort, cette grande dame avec sa monstrueuse faucille, fait trembler
depuis des siècles chacun d’entre nous. Qui peut dire le visage qu’il
lui réservera lorsque son tour viendra ? Nos frères, vivants dans l’autre monde, nous ont parfois surpris : ils ont pu se révéler braves et sereins, ou au contraire, apeurés
alors que nous pensions qu’ils traverseraient sans sourciller.
Derrière cette peur se cache celle de la perte du corps ou de sa putréfaction, mais aussi une autre plus discrète : celle de la perte de notre royaume
terrestre. En effet nous en avons tous un : construit patiemment souvent à la force du poignet. Ces richesses ou ces conforts que nous avons accumulées. Il y a aussi ces plaisirs
que nous avons appris à goûter : de bons plats, de beaux paysages, de belles amitiés, l’amour d’un conjoint ou des enfants. Comment ne pas être apeuré devant l’idée de perdre tout
cela ? La mort est le grand dépouillement.
Celui dont secrètement nous rêvons, où il ne reste plus que le beau et le bon...
Avant de goûter le "Nutella" ou le foie gras, nous nous régalions de chocolat au lait et de pâté de foie... Et pourtant, depuis cette découverte,
nous n’échangerions pour rien au monde une tartine de "Nutella" ou de foie gras contre un carré de médiocre chocolat ou de pâté rose !
Il en sera de même : il nous sera donné quelque chose de nouveau qui, sans nous faire regretter notre royaume terrestre, nous réjouira infiniment dans ce
Royaume Céleste. Nous aurons toujours nos sens, notre corps, comme le rappelle Job, mais il sera rassasié par d’autres sensations. Quant à celles plus profondes, plus grandes,
plus nobles, de nos amitiés et de nos amours, elles seront toujours présentes.
Nos défunts ne sont pas des morts, ils sont passés par la mort et
expérimentent une nouvelle vie. Une vie nouvelle qui nous est totalement étrangère, mais eux qui ont connu notre vie ne sont pas étrangers à notre vie : ils en sont
seulement absents.
Face à notre mort, nous avons peur que se passe ce qui nous semble être arrivé à nos défunts : l’oubli et
la fin. Or, il ne s’agit que d’une disparition de ce monde, mais non de la vie. Ils sont vivants, il nous faut en être convaincus, sinon
vaine serait la parole de Saint Paul, vaine la parole du Christ lui-même, et encore davantage sa mort et sa résurrection.
Il est le Dieu des vivants, le Dieu qui me ressuscitera, qui
se dressera devant moi et que je contemplerai de mes yeux de chair.
Tous ceux qui ont franchi la mort sont avec Lui, tous ceux que le Père lui a
confié, sont auprès de Lui.
Et le baptême nous promet cette entrée dans le royaume. Ainsi ils sont tous avec le Christ, et ils attendent notre venue. Mais ne croyons pas que cela les retirent définitivement de notre monde.
Si le leur nous est inaccessible, le nôtre, lui, l'est encore pour eux. Sans corps dans l’attente de leur résurrection, leur cœur et leur amour sont bien vivants. L’amour que nous avions pour eux et qu’ils ont pour nous peut continuer à grandir, peut continuer à se nourrir.
Parfois nous sourions quand, dans un
film, quelqu’un part sur la tombe parler au défunt : mais quelle vérité ! Parler, aimer, raconter c’est garder l’autre présent et accroître notre relation, notre
amour.
Ainsi balayons nos peurs : nous retrouverons notre corps et il sera comblé, différemment, mais au combien plus magnifiquement
par cette vision de Dieu avec nos yeux de chairs.
Quant à ceux que nous aimons, nous les retrouverons auprès du
Christ : purifiés par le Baptême et notre prière, et nous-même, purifiés à notre tour par l’Eucharistie célébrée en notre mémoire... Nous les rejoindrons auprès du
Père.
Tous ceux qui croient en Christ ont déjà la pleine possession de cette promesse : obtenir, tous ensemble, la Vie Eternelle, vivre
ensemble auprès du Père, conduits par le Fils et réunis par l’Esprit.
Amen !
Père Romain HOUDUSSE.
Lecture du livre de Job (Jb 19,
1.23-27a)
Job prit la parole et dit : « Je voudrais qu'on écrive ce que je vais dire, que mes paroles
soient gravées sur le bronze avec le ciseau de fer et le poinçon, qu'elles soient sculptées dans le roc pour toujours : Je sais, moi, que mon libérateur est vivant, et qu'à la fin il se dressera
sur la poussière des morts ; avec mon corps, je me tiendrai debout, et de mes yeux de chair, je verrai Dieu. Moi-même, je le verrai, et quand mes yeux le regarderont, il ne se détournera pas.
»
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