Homélie du
32ème dimanche T.O.
08/11/2009
"Donner du nécessaire : mission impossible
?"
Nous voici devant une situation digne d’une mission impossible : non pas donner du superflu, mais du nécessaire.
Il est déjà difficile de donner de notre superflu, alors le nécessaire...
Qu’est ce que je fais des livres que je n’ai pas lus depuis des années et qui prennent la poussière ? Que fais-je des vêtements trop courts, en bon état et que
je ne mets plus ? Du service et des fauteuils qui traînent dans le garage, la cave ou le grenier ? Mais tout ça c’est du superflu, je peux le donner pour des brocantes caritatives ou à
des associations de charité. C’est presque facile, il suffit d’avoir confiance et de se dire que de toute façon je ne les emmènerais pas là-haut. Alors autant qu’il fasse le bonheur de quelqu’un
au lieu de faire mon égoïsme. Du côté des enfants, combien de jeux se meurent dans des placards ?
Mais côté nécessaire, que puis-je donner ? Et déjà pourquoi donner de mon nécessaire, puisque cela m’est indispensable ? Or ce qui est indispensable ce n’est pas d’avoir un minimum à posséder mais d’être dépossédé par un maximum. Il est indispensable non pas de ne posséder
qu’un minimum mais de n’être possédé par rien.
À cela deux conditions : changer mon regard sur les objets que j’ai en ma possession et ensuite trouver où se cache mon indispensable. Exemple : à la sortie de la
messe, suis-je prêt à échanger mon pull contre n’importe lequel ? Car, en définitive, ce n’est qu’un pull !
Pas facile, mission impossible ? Nous verrons à la sortie. Au lieu de donner mes vêtements usagés pour une kermesse, suis-je prêt à donner celui que je
porte encore ? Suis-je capable de ne pas changer de manteau ou de costume tous les ans, et ainsi ne pas être esclave de la mode? Idem pour la voiture, le téléphone, les jeux
informatiques ? Etre possédé ou posséder ?
Regardez notre évangile : la veuve a donné, sans s’interroger sur la perte qu’elle
subirait. Il faut donner pour le temple, afin que Dieu soit accueilli dignement, alors elle a donné ; sans se dire qu’elle ne reverrait jamais plus cette pièce, que
demain elle lui manquerait peut-être, qu’elle avait mis trois mois à la gagner et qu’elle allait la perdre en 30 secondes…
Où se cache l’indispensable ? Je vous propose une piste : dans le
temps. Oui il est nécessaire de passer du temps au travail, mais ne puis-je pas donner de ce temps pour voir mes enfants ? Oui il est nécessaire de passer
du temps avec ses enfants, mais prendre du temps avec son conjoint, n’est-ce pas aussi indispensable ? Prendre du temps pour regarder la télé est indispensable : cela me vide
l’esprit, mais remplir cet esprit dans la prière, ne l’est-il pas tout autant ?
Quitter le travail 15 min plus tôt pour le passer avec ses enfants, donner de ce temps que j’appelle nécessaire
: mission impossible ? Eteindre la télé 20 min plus tôt pour discuter avec mon conjoint, savoir qui il a rencontré, à quoi il a pensé
ou rêvé, apprendre s’il a eu de la tristesse ou de la joie : mission impossible ? Dans ma semaine, donner une petite heure, ou une demi-heure pour aller une fois à la messe, ou à l’adoration, ou partager l’Evangile avec quelqu’un d’autre, prendre 1 min le matin pour dire
« Seigneur je te confie ma famille, protège-les et aide moi à être honnête et franc au travail », tout cela : est-ce une mission
impossible ?
Nous nous laissons tellement posséder par le temps, ce temps que nous croyons être du nécessaire mais qui en réalité nous possède et nous
dessèche. Ce temps irréfléchi qui nous éloigne non du nécessaire mais de l’essentiel.
Dans la série mission impossible, les héros courent
après le temps, c’est d’ailleurs une mèche qui se consume qui en est le symbole. Mais notre mission impossible à
nous est de ne pas être possédé par ce temps, mais au contraire de le posséder pour nous humaniser. Le temps n’est pas fait pour Dieu, il est donné à l’homme pour qu’il se
réalise dans ce monde qui est le théâtre de ses efforts.
Revenons à notre premier objectif, savoir donner nos biens en répondant à la question : "pour quel temps sont-ils fait ?"
Relèverons-nous cette mission impossible de ne pas être esclaves du temps, de notre temps, mais d’avancer hardiment vers le temps du Père ?
Amen !
P. Romain HOUDUSSE
Évangile de Jésus Christ selon saint Marc (Mc 12, 38-44)
Dans son enseignement, Jésus disait : « Méfiez-vous des scribes, qui tiennent à sortir en robes solennelles et qui aiment les salutations sur les
places publiques, les premiers rangs dans les synagogues, et les places d'honneur dans les dîners. Ils dévorent les biens des veuves et affectent de prier longuement : ils seront d'autant plus
sévèrement condamnés.» Jésus s'était assis dans le Temple en face de la salle du trésor, et regardait la foule déposer de l'argent dans le tronc. Beaucoup de gens riches y mettaient de grosses
sommes.
Une pauvre veuve s'avança et déposa deux piécettes. Jésus s'adressa à ses disciples : « Amen, je vous le dis : cette pauvre veuve a mis dans le tronc plus que tout le monde.
Car tous, ils ont pris sur leur superflu, mais elle, elle a pris sur son indigence : elle a tout donné, tout ce qu'elle avait pour vivre. »
Derniers Commentaires