Mon commandement le voici : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » dit Jésus à l’heure où il passe de ce monde à son
Père.
«
Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimé » : c'est-à-dire au-delà de leurs faiblesses, de leurs incompréhensions, de leurs incapacités à me suivre jusqu’au bout.
Aimez-vous jusqu’au reniement : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés ».
Ce matin, nous pouvons tous attester,
chacun à notre manière, que le Père Jacky BOCQUIER a été comme un écho vivant de la Parole et de la Paix de
Jésus qui demeure en nous tous : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai
aimés ». Le Père Jacky BOCQUIER nous rassemble, mais en même temps, il nous met tous devant la réalité du mystère de la mort. Avec ce que cette réalité peut avoir
de brutal, d’incompréhension, car nous ne pouvons pas nous empêcher de nous interroger et de poser des questions qui restent sans réponses.
Pourquoi si tôt ? Pourquoi de
manière aussi brutale ? Nous ne pouvons pas
nous empêcher de ressentir devant cet événement, l’impression d’une vie humainement inachevée. Mais quelque soient nos
questions, nous avons aussi la liberté, le droit, le devoir, la mission de réveiller maintenant notre mémoire, notre reconnaissance. Oui, nous reconnaissons que cet homme devenu prêtre, Jacky BOCQUIER, nous a été donné comme un témoin de Dieu, de sa bonté, de son attention, de sa patience, de sa
miséricorde, et comme un serviteur du Christ et de son Corps encore vivant que nous apprenons à former à longueur de vie.
J’atteste, parce que je le
connaissais depuis longtemps, et que je l’ai découvert davantage en tant qu’Evêque à la suite du Père ROL (qui est là parmi nous) que j’ai découvert que cet homme prêtre était, et a été jusqu’au
bout, un Serviteur infatigable de la communion de l’Eglise et de l’amitié de l’Eglise.
Et de l’Eglise, non pas comme une
organisation plus ou moins compliqué, mais comme un organisme vivant la vie des servants, la pleine vie de fraternité venant de Dieu qui doit circuler à l’intérieur de cet ensemble, de cet
organisme vivant. Il servait inlassablement avec chacun et chacune, la circulation de cette vie. Avec ce charisme
évident qui était le sien : avec une attention de bonté, de patience. Il savait quand il fallait, en particulier dans des moments de détresse,
trouver la parole qui console et qui soutient. Et en même temps que cette bonté
naturelle, qui aurait pu à cause de sa sensibilité si vive, le river à l’immédiat des personnes, cette sensibilité ne l’empêchait pas en même temps de pratiquer des relations larges
et même très larges : le Diocèse de Koudougou, les prêtres africains. Hier soir l’Evêque de Koudougou, Mgr Basile TAPSOBA, a appelé
pour dire qu’il partageait notre prière ce matin…
Et puis sa capacité d'aller
au-delà des frontières de l’Eglise, qui ne sont pas si dures d’ailleurs ou si fermées… Il allait notamment dans les communes à la rencontre des élus locaux, et ici en rassemblant les relais paroissiaux ; les témoins sont ici innombrables. Ses relations allaient jusqu’à Rome : le secrétaire du Pape Jean-Paul II, sans
oublier ses amis chasseurs, du sud du département qu’il était si heureux de retrouver.
Ce prêtre se donnait sans cesse
là-même où ce n’est pas toujours le plus facile, et même quelques fois risqué de donner : aux articulations, aux jointures…
Là où la vie parfois peut être
empêchée de passer. Il veillait d’autant plus à ce qui bourgeonnait, aux éclosions de prières, de dons de soi, de partage de responsabilité. Il savait
réparer ce qui était brisé. Il a été pour moi-même un grand témoin de ce que nous appelons dans notre diocèse, le déploiement pastoral. C'est-à-dire simplement la
joie, le désir d’une vie chrétienne élargie, qui ne se recréée pas, mais qui se déplie, qui se déploie. Il a été noble dans l’Eglise, dans cette Eglise de Charente qu’il a servi jusqu’aux
dernières heures, puisque l’autre soir encore au téléphone, il parlait de l’installation prévue au 30 mai de l’Equipe d’Animation Pastorale à la suite des relais paroissiaux autour de Ruffec…
Cela nous l’avons tous vu.
Mais comme disait l’Apôtre Paul aux chrétiens de
Corinthe : « ce qui se voit est provisoire, ce qui ne se voit pas est éternel ». Et il ne suffit
pas, frères et sœurs, d’être suffisamment proche les uns des autres, pour voir vraiment ce qui demeure au-delà des apparences humaines. Il ne suffit pas d’être rapproché les uns des
autres, pour comprendre ce qui demeure le secret de vie et de don d’un homme devenu prêtre. Je redis les paroles de l’Apôtre Paul au nom de la personne du Père Jacky BOCQUIER.
Nous subissons l’épreuve mais
nous ne serons pas écrasés, dans des impasses mais nous arriverons à passer, terrassés mais non pas anéantis… Sans cesse nous portons dans notre corps la mort et l’agonie de Jésus afin que la vie
de Jésus soit manifestée dans votre corps, dans notre corps.
Mais ce qui nous arrive, c’est léger
en comparaison de la Gloire éternelle qui doit nous être donnée. Frères et sœurs, nous avons besoin de pratiquer dans l’Eglise davantage cette réciprocité pour cette circulation de vie, de bonté,
de patience, d’estime mutuelle. Mais si nous nous demandons dès maintenant : que nous faut-il faire ? Je vous réponds : apprendre
davantage et plus réellement à nous aider les uns les autres, comme le Christ nous a aimé au–delà de nos étroitesses, de nos peurs, de nos refus, de nos reniements, de nos trahisons quelques
fois, de nous aider les uns les autres. Et par conséquent, pratiquer à l’intérieur de l’Eglise et au-delà, cette lutte pour refuser tout ce qui entrave la vie et la
fraternité : ces paroles, ces regards, ces gestes ou ces silences qui blessent, qui empêchent de vivre vraiment. Qu’il nous soit donné comme le Père Jacky BOCQUIER savait nous y encourager de pratiquer l’attention mutuelle, la délicatesse, l’estime, la patience, le
pardon.
Père BOCQUIER : merci de nous
avoir appris à viv
re davantage en chrétiens au milieu
même de notre fraternité chrétienne. Je te revois il y a un peu plus d’une semaine, ici même, tu nous accueillais pour célébrer St Pierre Aumaître et l’après midi nous étions à Aizecq. Je te
revois encore t’activant devant la stèle de St Pierre Aumaître pour préparer le chemin du pèlerinage et je n’hésite pas maintenant à voir, à penser, à vivre, à proclamer, que tu accomplis
pour nous le même geste qui est représenté pour nous sur la stèle les deux bras tendus.
L’un des bras désigne la croix du
Christ et la croix est nue : Jésus n’est plus là… Il est ressuscité : « ne cherchez pas parmi les morts celui qui
est vivant » ! Et cela nous est dit par ce prêtre qui vient de nous quitter brutalement : ‘Ne cherchez pas parmi les morts celui qui vit de la force de résurrection du Christ’ : « Voici je fais toute chose nouvelle pour le Seigneur ».
De mort il n’y en aura plus, de
pleurs, de cris, de tristesse, il n’y en aura plus. L’ancien monde s’en est allé.
Et la main est tendue
vers la puissance du Christ qui nous entraîne dans son passage vers le Père.
L'autre main, la main du prêtre dont
nous sommes séparés visiblement, l'autre main est tendue vers nous.
Voyez, apprenez à regarder au-delà
des apparences, laissez jaillir les ressources du cœur, et croyez que ces ressources du cœur, et croyez que ces ressources du coeur et de la fraternité, Dieu notre Père a la liberté de nous les
communiquer et de les renouveller en nous sans relâche.
Seigneur,
donne à Jacky Bocquier prêtre, pasteur, inlassablement attentif à chacun de nous... Donne-nous de recevoir en nous un peu de liberté, de cette bonté, de cette confiance que tu lui as
donnée… De tout notre cœur, dans la paix et dans l'espérance, nous te rendons grâce pour lui qui demeure avec nous un compagnon de route.
Monseigneur Claude DAGENS