Euthanasie ? Donner la
mort ou ne pas la donner ?
Voici une question que personne n’aimerait avoir à se poser... C’est en tout cas une question
que nous ne devrions jamais nous poser dans une situation ou nous sommes emportés par la détresse affective ou physique.
Il ne me revient pas de statuer sur le plan législatif, mais je voudrais remettre au goût du jour, ce que le Pape Jean Paul II
écrivait dans son testament spirituel, avant même de connaître cette lente agonie que nous lui connaissons. A travers l'actualité et les débats qui sont ceux de notre siècle, il est bon de se
réinterroger, pour nous comme pour nos proches, avec d'un autre point de vue :
Voici le texte intégral du testament spirituel laissé
par Jean-Paul II
Totus Tuus ego sum
Au nom de la très sainte Trinité. Amen.
«Veillez, parce que vous ne savez pas quel jour viendra votre Seigneur» (cf. Mt 24, 42) – ces paroles me remettent en mémoire le dernier
appel, qui arrivera lorsque le Seigneur le voudra. Je désire le suivre et désire que tout ce qui constitue
ma vie terrestre me prépare à ce moment. Je ne sais pas quand il viendra, mais comme toute chose, ce moment-là aussi je le dépose dans les mains de la Mère de mon Maître :
Totus tuus.
Dans les mêmes mains, je laisse tout et tous ceux auxquels
m’a lié ma vie et ma vocation. Entre ces mains, je laisse avant tout l’Église et aussi ma Nation et toute l’humanité. À
tous, je dis merci. À tous, je demande pardon. Je leur demande aussi leur prière pour que la Miséricorde de
Dieu se montre plus grande que ma faiblesse et mon indignité.
Durant les exercices spirituels, j’ai relu le testament du
Saint-Père Paul VI. Cette lecture m’a poussé à écrire le présent testament. Je ne laisse derrière moi aucune propriété pour lesquelles il serait nécessaire de prendre des dispositions. S’agissant
des objets quotidiens que j’utilise, je demande de les distribuer comme bon semblera. Que les notes personnelles soient brûlées. Je demande qu’y veille Don Stanislas que je remercie pour sa
collaboration et son aide pendant tant d’années et avec tant de compréhension. Tous les autres remerciements en revanche, je les laisse dans mon cœur devant Dieu, car il est difficile de les
exprimer.
Pour ce qui concerne les funérailles, je reprends les mêmes dispositions arrêtées par le Saint-Père Paul VI (note dans la marge : la sépulture dans la terre, pas dans un sarcophage,
13.3.92).
«apud Dominum misericordia et copiosa apud Eum
redemptio»
Jean-Paul II
Romae 6.III.1979
Après la mort, je demande des messes et des prières
5.III.1990
(feuillet sans date)
J’exprime la plus profonde confiance que malgré toute ma faiblesse, le Seigneur m’accordera toute grâce nécessaire pour affronter, selon sa volonté, toutes les
tâches, épreuves ou souffrances, quelles qu’elles soient, qu’il voudra exiger de son serviteur, au long de la vie. J’ai confiance, aussi, qu’il ne permettra jamais que, par une quelconque
attitude – parole, œuvres ou omissions -, je puisse trahir mes obligations sur ce saint siège de Pierre. 24.II-1.III.1980
Encore durant ces exercices spirituels, j’ai réfléchi sur
la vérité du Sacerdoce du Christ dans la perspective de ce Passage qui, pour chacun de nous est le moment de sa propre mort. Du départ de ce monde – pour naître à l’autre, au monde à venir, la
Résurrection du Christ est pour nous un signe éloquent (ajouté au dessus : décisif).
J’ai donc lu la formulation de mon testament de l’an dernier, qui date elle aussi des exercices spirituels – je l’ai comparée avec le testament de mon grand Prédécesseur et Père Paul VI, ce
sublime témoignage sur la mort d’un chrétien et d’un Pape – et j’ai renouvelé en moi la conscience des questions, auxquelles se réfère la formulation du 6.III.1979 que j’ai préparée (de manière
plutôt provisoire).
Aujourd’hui, je désire y ajouter seulement ceci, que chacun doit rester conscient de la perspective de la
mort. Et doit être prêt à se présenter devant le Seigneur et le Juge – et en même temps Rédempteur et Père. Alors, moi aussi je le prends sans
cesse en considération, confiant ce moment décisif à la Mère du Christ et de l’Église – à la Mère de mon espérance.
Les temps dans lesquels nous vivons sont indiciblement difficiles et inquiets. La vie de l’Église elle aussi est devenue difficile et tendue, épreuve caractéristique de cette époque – tant pour
les Fidèles que pour les Pasteurs. Dans certains pays (comme par exemple celui à propos duquel j’ai lu durant les exercices spirituels), l’Église traverse une période de persécution telle qu’elle
n’est pas inférieure à celle des premiers siècles, elle la dépasse même par le degré de cruauté et de haine.
Sanguis martyrum
– semen christianorum. Et au-delà de cela — tant d’innocents disparaissent, y compris dans le pays ou nous vivons…
Je désire encore une fois me confier totalement à la grâce du Seigneur. C’est lui qui décidera quand
et comment je devrais finir ma vie terrestre et mon ministère pastoral. Dans la vie et dans la mort, Totus Tuus par l’intercession de l’Immaculée. Acceptant déjà maintenant cette mort, j’espère que le Christ me donnera la grâce pour l’ultime passage, c’est-à-dire ma
Pâque. J’espère aussi qu’il la rende utile pour la plus importante des causes que je cherche à servir : le salut des hommes, la sauvegarde de
la famille humaine et en son sein de toutes les nations et des peuples (parmi ceux-ci, je me tourne en particulier vers ma Patrie terrestre), utile pour les personnes qui de manière particulière
m’ont été confiées, pour la question de l’Église, pour la gloire de Dieu.
Je ne désire rien ajouter à ce que j’ai écrit il y a un an seulement, exprimer cette disponibilité et en même temps cette confiance, à laquelle les présents exercices spirituels m’ont
disposé.
Totus Tuus ego sum
5.III.1982
Au cours des exercices spirituels de cette année, j’ai lu (plusieurs fois) le texte du testament du 6.III.1979. Malgré le fait que je le considère comme
provisoire (non définitif), je le laisse dans la forme existante. Je ne change rien (pour le moment) et je n’y ajoute rien, quant aux dispositions qu’il contient.
L’attentat contre ma vie le 13.V.1981 d’une certaine manière a confirmé l’exactitude des paroles écrites pendant la période des exercices spirituels de 1980 (24.II-1.III)
Je sens d’autant plus profondément que je me trouve totalement dans les Mains de Dieu – et je reste continuellement à la disposition de mon Seigneur, me confiant à Lui par Sa Mère Immaculée
(Totus
Tuus)
Jean-Paul II
5.III.1982
En lien avec la dernière phrase de mon testament du
6.III.1979 (: «Quant au lieu/c’est-à-dire le lieu des funérailles/que le Collège cardinalice et les compatriotes décident») – je clarifie ce que j’ai en tête : le métropolite de Cracovie ou le
Conseil général de l’Épiscopat de la Pologne – au Collège cardinalice, je demande toutefois de satisfaire autant que possible les demandes éventuelles des susnommés.
1.III.1985 (au cours des exercices
spirituels)
Encore – quant à l’expression «Collège cardinalice et les
compatriotes» : le «Collège cardinalice» n’a aucune obligation d’interpeller sur ce sujet «les compatriotes» ; il peut toutefois le faire, si pour quelque raison il considère juste de le
faire.
J-P. II
Les exercices spirituels de l’année jubilaire 2000 (12-18.III)
[pour le testament ]
1. Quand, le 16 octobre 1978, le conclave des cardinaux
choisit Jean-Paul II, le primat de Pologne, le cardinal Stefan Wyszynski me dit : «Le devoir du nouveau Pape sera d’introduire l’Église dans le Troisième Millénaire.» Je ne sais si je répète exactement la phrase, mais au moins tel était le sens de ce que j’ai alors entendu.
C’est ce qu’a dit l’Homme qui est passé à l’histoire comme Primat du Millénaire. Un Grand Primat. J’ai été témoin de sa mission, de Sa totale confiance. De Ses luttes : de Sa Victoire.
«La victoire, lorsqu’elle interviendra, sera une
victoire grâce à Marie» – ces mots de son prédécesseur, le cardinal August Hlond, le
Primat du Millénaire avait coutume de les répéter.
C’est en quelque sorte de cette façon que j’ai été préparé au devoir qui le 16 octobre 1978 s’est
présenté à moi. Au moment où j’écris ces mots, l’Année jubilaire de l’an 2000 est déjà entrée dans la réalité. La nuit du 24 décembre 1999 a été ouverte la symbolique Porte
du Grand Jubilé dans la Basilique Saint-Pierre, ensuite celle de Saint-Jean-de-Latran, puis celle de Sainte-Marie-Majeure au jour de l’an, et le 19 janvier la Porte de la basilique de
Saint-Paul-hors-les-Murs. Ce dernier événement, par son caractère œcuménique, est resté imprimé dans la mémoire de façon particulière.
2. À mesure qu’avance
l’Année jubilaire 2000, de jour en jour se ferme derrière nous le vingtième siècle et s’ouvre le vingt et unième. Selon les desseins de la Providence, il m’a été donné de vivre dans le siècle
difficile qui est en train de s’en aller dans le passé, et maintenant, dans l’année où l’âge de ma vie arrive à quatre-vingts ans (octogesima adveniens), il faut se demander s’il n’est pas temps
de répéter avec le Syméon de la Bible «Nunc
dimittis».
Le 13 mai 1981, jour de l’attentat contre le Pape pendant l’audience générale
sur la place Saint-Pierre, la Divine Providence
m’a sauvé
miraculeusement de la mort. Celui qui est unique Seigneur de
la vie et de la mort, Lui-même a prolongé cette vie, me l’a donnée de nouveau, d’une certaine manière. Depuis ce moment, elle Lui appartient encore plus. J’espère qu’Il m’aidera à reconnaître jusqu’à quand je dois continuer ce service, auquel il m’a appelé le 16 octobre 1978. Je lui demande de me rappeler quand
Lui-même le voudra.
«Nous appartenons au Seigneur dans la vie et dans la mort… nous sommes du Seigneur»
(Rm 14,8). J’espère aussi que, jusqu’à ce qu’il me sera donné d’accomplir le service Pétrinien dans l’Église, la Miséricorde de Dieu voudra me prêter les forces nécessaires pour ce
service.
3. Comme chaque année pendant les exercices spirituels, j’ai lu mon testament du 6-III 1979. Je continue à maintenir les dispositions qu’il contient. Ce
qui a été ajouté alors, et aussi durant les exercices spirituels suivants, constitue un reflet de la situation générale, difficile et tendue, qui a marqué les années quatre-vingt. Depuis
l’automne 1989, cette situation est changée. L’ultime décennie du siècle passé a été libérée des tensions précédentes, cela ne signifie pas qu’il n’ait pas apporté avec lui de nouveaux problèmes
et difficultés. De toute manière, que soit louée la Providence Divine pour cela, que la période de la dite
«guerre froide» soit finie sans le violent conflit nucléaire qui faisait peser le danger sur le monde dans la période précédente.
4. Me tenant sur le seuil du troisième millénaire «in medio
Ecclesiae», je désire encore une fois exprimer ma reconnaissance à l’Esprit-Saint pour le grand don du Concile Vatican II, duquel avec
toute l’Église, et surtout tout l’épiscopat, je me sens débiteur. Je suis convaincu qu’il sera donné encore longtemps aux nouvelles générations de puiser aux richesses que ce Concile du vingtième
siècle nous a prodiguées. Comme évêque qui a participé à l’événement conciliaire du premier au dernier jour, je désire confier ce grand
patrimoine à tous ceux qui sont et seront appelés à le réaliser dans l’avenir. En particulier, je remercie
le Pasteur éternel qui m’a permis de servir cette très grande cause au cours de toutes les années de mon pontificat.
«In medio
Ecclesiae»… depuis les premières années du service épiscopal – précisément grâce au
Concile – il m’a été donné de faire l’expérience de la communion fraternelle de l’épiscopat. Comme prêtre de l’Archidiocèse de Cracovie, j’avais fait l’expérience de ce qu’était la communion
fraternelle du presbytérat – le Concile a donné une nouvelle dimension à cette expérience.
5. Combien de personnes devrais-je ici évoquer ! Il est probable que le Seigneur Dieu a rappelé à lui la majeure partie d’entre elles, quant à celles qui se trouvent encore de ce monde, les mots
de ce testament se souviennent d’elles, de tous, de partout, d’où qu’ils soient.
Au cours de ces plus de vingt années où j’accomplis le service pétrinien, «in medio Ecclesiae», j’ai expérimenté la collaboration bienveillante et tellement féconde de tant de cardinaux, archevêques et
évêques, de tant de prêtres, de tant de personnes consacrées – frères et sœurs – et enfin de tant de personnes laïques, dans le milieu de la curie, dans le vicariat du diocèse de Rome, et aussi
au-delà de ces milieux. Comment ne pas embrasser avec une mémoire reconnaissante tous les épiscopats du monde, qui sont venus successivement à ma rencontre lors des visites ad limina apostolorum
! Comment ne pas se souvenir aussi de tant de frères chrétiens, non catholiques ! Et le rabbin de Rome, et tous les autres représentants nombreux des religions non chrétiennes ! Et combien de
représentants du monde de la culture, de la science, de la politique, et des moyens de communication sociale !
6.
Plus je m’approche des limites de ma vie terrestre, je retourne par la mémoire au
commencement, à mes parents, à mon frère, à ma sœur (que je n’ai pas connue parce qu’elle est morte avant ma naissance), à la paroisse de
Wadowice, où j’ai été baptisé, et à cette ville de mon cœur, à ceux de mon âge, compagnes et compagnons de l’école élémentaire, du lycée, de l’université, jusqu’au moment de l’occupation, quand
je travaillais comme ouvrier, et ensuite, à la paroisse de Niegowie, à la paroisse Saint-Florian de Cracovie, à la Pastorale des universitaires, à tous les milieux… à Cracovie, et à Rome…
et aux personnes qui m’ont été confiées de façon toute spéciale par le Seigneur.

À tous, je veux dire une seule chose : que Dieu vous récompense. «In manus Tuas, Domine, commendo spiritum meum» (En tes mains, Seigneur, je remets mon esprit).
AD 17. III. 2000
Derniers Commentaires